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Voici une proposition de scénario énergétique exploratoire pour la Communauté d'Agglomération du Pays Basque à l'horizon 2050.

Pour cet exercice académique, j'ai choisi d'adopter une approche de sobriété forte, largement inspirée des trajectoires de type négaWatt. Ce choix est le plus pertinent pour répondre à l'ambition d'un territoire 100% renouvelable, car la seule substitution technologique des énergies fossiles par des énergies renouvelables ne suffirait pas à couvrir la forte demande actuelle.


1. 🔎 Diagnostic synthétique du territoire

  • Une forte dépendance aux énergies fossiles : Plus de 60 % de l'énergie consommée sur le territoire est directement d'origine fossile (carburants, fioul, gaz, GPL).

  • Des secteurs très énergivores : Les bâtiments (résidentiel et tertiaire) génèrent plus de la moitié des consommations en énergie du territoire. La mobilité et le transport de marchandises constituent le second poste avec 35% des consommations.

  • Une production locale actuelle insuffisante : Le territoire couvre environ 12 % de ses besoins par des énergies renouvelables locales, principalement grâce au bois de chauffage et à l'hydroélectricité.

  • Des vulnérabilités climatiques marquées : Le Pays Basque fait face à des risques majeurs liés à l'érosion côtière, à l'élévation du niveau de la mer et à la raréfaction de la ressource en eau estivale.

  • Des atouts naturels indéniables : Le territoire dispose d'une couverture forestière importante de 75 000 hectares. Il possède également un relief propice à l'hydroélectricité et un ensoleillement favorable.


2. ⚙️ Hypothèses du scénario (Horizon 2050)

Ce scénario repose sur un changement de paradigme sociétal et technique, visant une réduction de 50% des consommations d'énergie finale à 2050 par rapport à 2019.

  • Sobriété et efficacité dans l'habitat : Rénovation massive de l'ensemble du parc existant avec un taux de rénovation ciblé à 2,7% des logements par an. L'objectif est d'atteindre une réduction de 75% de la consommation de chauffage.

  • Mutation des mobilités : Réduction drastique de l'autosolisme, qui représente aujourd'hui plus des trois quarts des déplacements. Le scénario s'appuie sur le transfert modal vers les transports en commun, le vélo et la marche, couplé à une densification urbaine limitant les besoins de déplacements contraints.

  • Évolution du modèle agricole : Transition vers des pratiques agroécologiques moins dépendantes des intrants chimiques et des énergies fossiles, tout en renforçant l'autonomie énergétique des fermes.

  • Économie circulaire et industrie : Réduction des consommations industrielles par la mise en place de systèmes de management de l'énergie et la valorisation de la chaleur fatale.


3. 🔋 Mix énergétique proposé (100% EnR)

Pour couvrir les 50% de besoins restants, la production territoriale d'énergies renouvelables doit être multipliée par 4.

  • Bois-énergie (Biomasse) : Cette filière reste le pilier de la production thermique. L'exploitation s'appuie sur le potentiel de récolte forestière estimé à 248 000 m3/an, tout en garantissant la gestion durable pour maintenir le rôle de puits de carbone de la forêt.

  • Solaire Photovoltaïque et Thermique : Déploiement massif sur le gisement identifié de près de 23 millions de m² de toitures exploitables. Le photovoltaïque au sol est développé prioritairement sur les surfaces artificialisées, les parkings et les anciennes carrières.

  • Biogaz (Méthanisation) : Valorisation des effluents d'élevage, des résidus de culture et des biodéchets avec un potentiel estimé à 241 GWh à l'horizon 2030. Le biogaz est injecté dans le réseau ou utilisé en cogénération.

  • Hydroélectricité : Maintien de la production actuelle (46,2 MW installés) avec une optimisation stricte des installations existantes pour ne pas aggraver les conflits d'usage sur une ressource en eau dont le débit pourrait baisser de 40% d'ici 2050.

  • Éolien terrestre : Développement mesuré sur les zones favorables (qui représentent 85% des communes), en tenant compte des fortes contraintes paysagères et de biodiversité.


4. Gestion du système énergétique

  • Flexibilité et réseaux intelligents : Le lissage de l'intermittence du solaire et de l'éolien est assuré par la production modulable de la méthanisation et de l'hydroélectricité.

  • Boucles énergétiques locales : Développement de réseaux de chaleur alimentés par la biomasse et la chaleur fatale dans les zones urbaines et les bourgs ruraux pour mutualiser les besoins et les ressources.

  • Stockage : Le stockage prend la forme de gaz vert (biométhane) injecté dans le réseau, de stockage thermique (réseaux de chaleur) et d'un recours maîtrisé aux batteries pour la mobilité électrique résiduelle.


5. 🏙️ Cohérence territoriale

  • Complémentarité Côte / Intérieur : Le littoral, densément peuplé, maximise le solaire sur toiture et la récupération de chaleur fatale industrielle. L'intérieur des terres (rétro-littoral et montagne) valorise la biomasse forestière, agricole et l'hydroélectricité.

  • Gouvernance et acceptabilité : L'appropriation locale est garantie par une gouvernance partagée et la création d'une agence territoriale de l'énergie. Le financement s'appuie sur le développement d'une ingénierie financière communautaire et citoyenne.

  • Préservation des puits de carbone : La production de biomasse est strictement encadrée pour ne pas dégrader le stock de 25 millions de tonnes de carbone actuellement séquestré dans les sols et les forêts du Pays Basque.


6. 📊 Discussion critique du scénario

  • Forces : Ce scénario permet d'atteindre une véritable résilience locale face aux chocs géopolitiques et climatiques. Il stimule l'économie locale, favorise les emplois non délocalisables dans la rénovation et les filières vertes, et respecte l'objectif de neutralité carbone.

  • Limites et risques : La marche à franchir en matière de sobriété implique des changements de modes de vie extrêmement profonds, potentiellement difficiles à faire accepter socialement. Le rythme de rénovation de 2,7% par an est un défi logistique, humain (manque d'artisans qualifiés) et financier colossal.

  • Conditions de réussite : La réussite de ce scénario repose sur un portage politique courageux, un accompagnement financier massif des ménages pour la rénovation, et un réaménagement complet de l'espace public pour rendre les mobilités alternatives plus attractives que la voiture individuelle.